Amnistie des détenus politiques- Pas de consensus, le retour de Gbagbo au menu, les victimes: “la CPI pour aider au deuil final”

Les détenus de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire ont été libérés. Ce mercredi 8 Août, certains ont même regagné leurs familles respectives avec à leur tête, l’ex-première dame Simone Gbagbo. Mais cette amnistie surprise du Chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, continue d’alimenter les débats dans le pays. Réactions d’exilés et politologues.

C’était l’une des revendications de l’opposition. La libération des prisonniers politiques. Depuis la fin de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, ils étaient environ 300 à croupir dans les geôles ivoiriennes, selon certaines organisations des droits de l’homme et associations de détenus. L’amnistie du Président de la République, prend donc non seulement en compte ces derniers, mais aussi 500 autres, qui sont soit en liberté conditionnelle ou en exil.

800 personnes au total, ont donc été graciées le 6 août dernier. Un acte qu’Alassane Ouattara qualifie de « mesure de clémence de la nation toute entière ». Depuis l’exil, des acteurs de la vie politique ivoirienne, ont réagi. Gadji Céli, artiste chanteur vivant en France depuis la crise post-électorale souhaite que Laurent Gbagbo, recouvre lui aussi la liberté pour une réconciliation totale.

« Je souhaite que la Côte d’Ivoire retrouve son lustre d’antan. Il est vrai que des prisonniers politiques ont été libérés mais par-dessus tout, nous souhaitons le retour de Laurent Gbagbo. Nous voulons une Côte d’Ivoire heureuse rayonnante avec un peuple prêt à rigoler de tout et à vivre ensemble. Voici mes vœux. La fête nationale est l’occasion pour que toutes les filles et fils de ce pays se retrouvent en toute liberté. Que mon pays retrouve son image de pays hospitalier afin que ceux qui viennent soient bien accueillis et respectent aussi les ivoiriens » a réagi le footballeur chanteur, depuis son exil.

Moins de 48 heures à peine après l’annonce de l’amnistie, Simone Ehivet Gbagbo, pourtant condamnée à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat, a regagné son domicile ce mercredi. Avec elle d’autres détenus, cadres du Front Populaire Ivoirien (FPI). Les félicitations à l’endroit du Chef de l’Etat, continue d’affluer. Les leaders politiques et membres de la société civile ont salué une décision « qui annonce une nouvelle ère démocratique en Côte d’Ivoire ».

Et même si l’opposition souhaite vérifier que la liste des personnes poursuivies est exhaustive, afin de se rassurer que personne n’a été oublié par le pouvoir, les observateurs de la vie politique ivoirienne, eux, notent un grand pas vers la réconciliation nationale. Un avis que partage le Dr Yao Albert, sociologue, enseignant-chercheur à l’Université Lorougnon Guédé de Daloa.

« Au-delà de la forme, c’est un acte salutaire qui vient cimenter les différents propos tenus en faveur de la réconciliation. Mais, ne nous réjouissons pas trop vite. Car si cela n’a pas été salué par le PDCI, l’un des plus grands parti politique, alors, méfiance et vigilance » affirme l’universitaire.

Pour l’heure, amis et parents d’ex-détenus ne manquent d’exprimer la joie de retrouver leurs proches après des conditions pénibles de détention. Mamadou Traoré , conseiller régional dans la Bagoué, militant RDR proche de Soro Guillaume, affirme que cette décision du Chef de l’Etat, épouse la vision du père fondateur de la nation ivoirienne, Félix Houphouët Boigny.

« C’est une grande décision. Je pense même que c’est la plus grande et la plus salutaire que le Président de la République n’ait jamais prise. Cette amnistie a été saluée par tous les ivoiriens et c’est un grand soulagement au vu de ce qui se passe dans le pays. Alassane Ouattara vient de poser un acte qui s’apparente à celui du père de la nation, Félix Houphouët Boigny car souvenez-vous, plusieurs fois, des personnes se sont rendues coupables de tentative de coup d’Etat, mais au final, il a pardonné. Ce que je puis dire, une nouvelle ère se lève pour la Côte d’Ivoire et nous en sommes tous fiers » a réagi le militant.

Mais cette ordonnance du Chef de l’Etat, ne prend pas en compte « certains militaires ou membres de groupes armées qui se sont rendus coupables de crimes de sang ». Ces derniers resteront en prison jusqu’à leur procès afin de situer leurs responsabilités dans les faits qui leur sont reprochés. Un petit soulagement pour les victimes qui se sentent lésées par cette amnistie du Président Ouattara. Selon Fanta Doumbia, coordonnatrice de la Coalition des Victimes pour la CPI, la décision est certes salutaire mais la justice doit suivre son cours.

« Nous, associations de victimes de la crise post-électorale, avons toujours considéré l’amnistie comme une porte ouverte à l’impunité. Il est vrai que le but recherché par le Président est la réconciliation nationale. Simone Ehivet Gbagbo a été libérée mais la Côte d’Ivoire n’a pas compétence à juger certains crimes. Et nous souhaitons que l’Etat ivoirien laisse la justice suivre son cours, avec notamment des poursuites au niveau de la CPI. Nous voulons que justice soit faite afin que les parents des victimes puissent faire leurs deuils » a souhaité la représentante des victimes post-crise.

Toute chose qui prouve que l’amnistie générale ne fait pas l’unanimité.

Éric Coulibaly

Source: rédaction Poleafrique.info

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