Bédié, quête d’un nouveau souffle !/ Adam’s Régis SOUAGA

Le 6 mars dernier, le président du PDCI-RDA était à Yamoussoukro, à la rencontre de certains chefs traditionnels à qui il a confié son ressentiment face à ce qu’il qualifie de trahison et de manque de loyauté de la part de son ancien allié, Alassane Ouattara, qui a perdu, à cette occasion, son nom de baptême baoulé, Allah Gnissan. Une belle comédie.

Elle était attendue, cette rencontre. Elle s’est transformée une  en course éperdue d’un gamin rossé qui trouve refuge dans les bras de ses parents. Depuis le 1er congrès ordinaire du RHDP qui s’est tenu au stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, grâce à des sacs de riz et des bidons d’huile, d’après Henri Konan Bédié, la clarification est faite, au grand déplaisir du président du PDCI-RDA. Fini un pied dedans un pied dehors, maintenant c’est dedans ou dehors! Nombreux sont ceux qui sont restés dedans.

Le président du PDCI-RDA a voulu apporter une clarification à ses « parents », chefs traditionnels baoulés, qu’il entend à nouveau rencontrer pour leur dessiner son programme social. « Honorables chefs de villages, je me propose de vous rencontrer, dans les prochains mois, ici même à Yamoussoukro, dans un cadre plus élargi, pour recueillir vos avis et suggestions sur un nouveau pacte social qui réconcilie et rassemble les Ivoiriens et les Ivoiriennes » a-t-il annoncé.

Tout d’abord, cela devrait déranger car la chefferie traditionnelle se trouve être le premier maillon de l’administration territoriale. Il est, en principe, apolitique. Que dirait M.Bédié si tous les autres acteurs politiques faisaient ainsi appel à leurs parents, chefs traditionnels, pour « recueillir leurs avis et suggestions pour un nouveau pacte social »?

Vers quelles autres populations ira le président du PDCI-RDA pour développer son programme Baoulé ou celui de son poulain car, il n’a pas (encore) dit qu’il est candidat à la prochaine élection présidentielle ? Comme on le dit de façon triviale, « le vieux a zaillé (fait une sortie de route)» et c’est peu dire !

Henri Konan Bédié a revendiqué devant les chefs l’exclusivité de l’héritage des valeurs de l’Houphouétisme  qu’il a rappelées en ces termes : « la paix, la tolérance, la non-violence, la solidarité et le dialogue. »

Le dialogue, l’arme des forts, selon l’apôtre de la Paix, Félix Houphouët-Boigny, dont la terre natale a accueilli la messe d’Henri Konan Bédié, le 6 mars dernier, n’est plus, semble -t-il, à l’ordre du jour. Quelle n’est pas la surprise du lecteur de ce triste discours de découvrir, au paragraphe qui suit justement  ce rappel opportun des valeurs, une incitation du président du PDCI-RDA, à l’endroit de ces pauvres chefs traditionnels, à adopter la posture, humiliante pour tout chef, de huer un hôte. « Quant aux émissaires d’Alassane Ouattara qui ont sillonné le pays Baoulé, ils ont mérité les réponses cinglantes que vous leur avez faites et même le mépris qui a accompagné leur accueil. D’ailleurs, vous auriez pu, face à leur mensonge, les huer. Et puisque vous ne l’avez pas fait, je vous demande de le faire maintenant. Il faut huer encore Amédé Kouakou et ses compagnons » a recommandé Henri Konan Bédié à ces chefs traditionnels, eux-mêmes surpris de cette sortie.

On ne peut que relever la contradiction pour la regretter. Celui qui porte les valeurs de l’houphouétisme ne peut pas appeler des frères et des sœurs à huer un hôte. 

Un chef n’est pas un chiffon. Or, dans l’esprit du président du PDCI-RDA, ces hommes qui gèrent le quotidien de leurs compatriotes, avec tact et sagesse, devraient d’ici peu se transformer en voyous de gare routière pour huer des ministres, DG, PCA, députés ou maires, sous prétexte  qu’ils ont rejoint  le RHDP?  Voici donc la vision d’un ancien chef d’Etat, pour animer,  ou élever le niveau du débat public? Quelle tristesse! Quelle tristesse de voir un « homme d’Etat », s’abaisser à ce point, s’exprimer sous le coup d’une blessure d’orgueil et conduire le débat pré-électoral mu par un désir de vengeance… Quelle tristesse de le voir oublier, par-là même, le pays qu’il a déjà dirigé et qu’il compte semble -t- il à nouveau gouverner. Car dans tout cela, où est la Côte d’Ivoire? Où sont les propositions pour améliorer la vie des Ivoiriens? 

Donnant les nouvelles à ses invités, le président du PDCI-RDA a indiqué sans sourciller que « depuis le 17 juin 2018, plusieurs tentatives de liquidation du PDCI-RDA ont été menées par le parti unifié RHDP. »

Continuant sur cette belle lancée, M.Bédié a déchu, avec élégance, Alassane Ouattara de son nom de baptême baoulé, Allah Gnissan. Cela n’a aucune autre incidence que de chercher à blesser un homme, le Chef de l’Etat. Celui-ci a raison de ne rien dire, de ne pas répondre. Le débat est trop bas. Il réduit les Ivoiriens à la portion congrue. Ils ne méritent pas une telle classe politique. Là où les enjeux de la gouvernance se discutent sur des agrégats économiques, sociaux, environnementaux, culturels, Henri Konan Bédié en est réduit à recommander des huées pour ses contradicteurs.

À court terme, les Ivoiriens jugeront. À plus long terme, l’Histoire fera son œuvre.

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