Contrôle citoyen- 4h de « gbè »* à Bruno Koné, les blogueurs ivoiriens décryptent le  face-à-face

Invités à un déjeuner d’échanges avec  Bruno Koné, ministre ivoirien de la Communication, de l’Economie numérique et de la Poste, les activistes du web n’y sont pas allés de mains mortes ce 8 janvier. Après l’épreuve des questions-réponses, Pôleafrique.info a recueilli leurs avis.
 
C’est  un exercice de quatre heures de vérité qui s’est tenu ce 8 janvier, à Abidjan-Cocody. Diatribe, reproches, suggestions et parfois encouragements. Comme une démarche cathartique, les acteurs du web ont réitéré les critiques qu’ils formulent sur la toile à la face de  Bruno Koné, ministre ivoirien de la Communication, de l’Economie numérique et de la Poste. Il s’agit d’une rencontre initiée par ce dernier, par ailleurs, porte-parole du gouvernement.
 
Les cybernautes  ont, entre autres, indexé la situation des travailleurs de maisons de téléphonies mobiles en cessation d’activités, les lois jumelles sur la presse et la communication audiovisuelle, la facturation des paiements mobiles. Ils sont allés au-delà des prérogatives du ministère en interrogeant la justice post crise, la question sécuritaire, la gouvernance en éducation et en santé.
 
A chaque intervenant, le ministre a apporté une réponse.  
« Nous sommes aussi touchés que les travailleurs de ces entreprises de téléphonie mobile.  La  décision de fermer ces entreprises n’a pas été facile à prendre. Voilà pourquoi nous avons attendu quatre  ans pour la prendre et avons alerté les entreprises afin qu’elles se mettent à niveau », indique Bruno Koné. Il a rassuré que la nouvelle loi sur la presse n’est pas faite contre les Ivoiriens. « Personne n’ira en prison. Ce n’est pas l’objectif du gouvernement. D’ailleurs, nous avons enlevé l’article 90 de la nouvelle loi », rappelle-t-il.
 
Bien avant il a dressé un tableau de l’utilisation du web dans le pays et les chantiers en cours. Le ministre a présenté l’économie numérique comme une aubaine pour absorber le chômage. Il se dit conscient des grandes attentes mais invite à reconnaître des avancées dans la gouvernance en général. « Regardons où nous étions en 2011 et où nous en sommes aujourd’hui. Nous avons avancé », se satisfait Bruno Koné.
 
Des invités satisfaits mais…
 
Après la rencontre, pôleafrique.info a recueilli le ressenti des invités.
Frank Bi Ballo Zorro, activiste très critique envers la gouvernance Ouattara se dit « émerveillé »: « Certaines questions sortaient de son domaine de compétences, mais il s’est prêté au jeu. C’est ce que nous attendons de nos autorités. Qu’elles nous entretiennent sur certains faits. Beaucoup de décisions se prennent sans que la population ivoirienne en soit suffisamment informée ». Toutefois, Frank Bi Ballo Zorro précise que cela ne va pas influencer ses écrits. « J’ai déjà rencontré des hommes politiques mais cela n’enlève pas ma foudre. Ils sont au pouvoir. Ce sont eux que nous allons critiquer », se résout-il.
 
Contrairement au premier intervenant, Yacouba Diarra, plus connu sous le pseudonyme de Jacob Lion, est un fervent défenseur du gouvernement sur les réseaux sociaux. Il insiste sur l’importance de la communication. « C’est ce que nous attendons du gouvernement. Souvent, nous n’avons pas accès à l’information véritable. Les relais de l’information ne sont pas utilisés suffisamment. Ce genre d’exercice doit se multiplier », suggère-t-il.
 
Quant à Yehni Djidji, présidente de l’Association nationale des blogueurs de Côte d’Ivoire (Abci), elle trouve  courageux qu’un membre du gouvernement  prenne le temps d’échanger avec des personnes sous sa coupole. « On a vu même que le public a été trié sur le volet. Ce sont des personnes qui ont des critiques assez pertinentes sur le travail que le gouvernement fait et également sur ce que le ministre fait. J’ai compris beaucoup de choses car il a été pédagogique. »  La présidente de l’Abci suggère aussi la multiplication de ce genre de rencontres, mais  avec un public plus élargi.
 
Le journaliste consultant et blogueur Fernand Dedeh, interrogé par Pôleafrique.info analyse  que c’est un « très bon exercice ». Il salue « l’ouverture d’esprit et l’aptitude à écouter » du ministre Bruno Koné. « Il a eu une démarche pédagogique. Le ministre a été propagandiste sur les bords.  Il dégage en touche sur les questions sensibles mais il a le mérite d’affronter la réalité des questions et de  prendre le temps d’y répondre ».  Fernand Dedeh note également la sincérité des activistes. « Ils y sont allés sans état d’âme avec des questions directes comme derrière leurs claviers, sans fioritures ». Pour le journaliste consultant et blogueur qui a également pris part à la rencontre, « la Côte d’Ivoire a besoin de se parler. Il faut aller plus loin que ces échanges. »
 
Au total une vingtaine de journalistes-blogueurs, de blogueurs et autres acteurs du web ont pris part à la rencontre. Selon les organisateurs, ils ont été sélectionnés pour les critiques acerbes et parfois pertinentes qu’ils formulent sur les réseaux sociaux à l’encontre du département ministériel dirigé par Bruno Koné.
 
* « gbè »: vérité en argot ivoirien
 
Nesmon De Laure
Source: Rédaction Pôleafrique.info
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