Décryptage/ Des bombes en Syrie pour la première bougie de Macron à  l’Elysée, une erreur tactique ?

L’arme chimique. C’est le prétexte évoqué par les États-Unis, le Royaume Uni et la France, pour bombarder la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril dernier. Une intervention militaire qui devance la commission d’enquête sur la Syrie, mise en place par l’ONU, et qui devait se rendre dans le pays, quelques jours seulement après le bombardement. Toute chose qui amène l’opinion internationale à s’interroger sur les motivations réelles de cette attaque et surtout de savoir si le Président français Emmanuel Macron, avait eu tort cette fois.
 
Mai 2017, mai 2018. Cela fera un an que le Président français Emmanuel Macron, est à l’Élysée. Mais à quelques jours de cet anniversaire, une décision non moins importante concernant sa politique internationale, a été prise. La participation de la France au bombardement des sites de production d’armes chimiques en Syrie, aux côtés des États-Unis et du Royaume Unis, alors que l’Allemagne s’en est abstenue, a suscité plusieurs réactions dans le monde. Emmanuel Macron a même accordée une interview aux médias pour expliquer sa décision, sans véritablement convaincre l’ensemble des français. Pire, on se demande si le jeune Président n’a pas commis sa première erreur à l’Élysée ? Selon le professeur Dogbo Pierre, directeur de l’école des sciences politiques de l’Université Félix Houphouët Boigny, Abidjan Cocody, le Président français s’est inscrit en faux, en s’ingérant dans la crise syrienne.
 
« Je ne suis pas français pour critiquer la politique française mais je m’inscris dans un concept mondial. J’ai discuté avec des intellectuels français qui se posent la même question. De quel droit la France décide t-elle de punir Bachar El Assad ? Sur quoi s’appuie t-elle pour être juge et partie, prétextant que le Président syrien, a violé le droit international ? Aujourd’hui une chose est claire. La France n’a plus de politique extérieur autonome. La France n’est plus gaulliste. Sous De Gaulle par exemple, le pays n’était pas sous l’autorité de l’OTAN, ce qui a changé depuis les derniers présidents à l’Élysée. En s’engageant militairement aux côtés de Trump contre la Syrie, la France s’aligne désormais sur la politique des États-Unis à l’international. Je considère cela comme une erreur politique car nous assistons à une occidentalisation de la politique mondiale. Or l’occident n’est pas seule au monde, il y’a d’autres continents, d’autres valeurs » a t-il réagi avant d’ajouter que« si la France prétend défendre le droit international, que fait elle pour défendre les populations de Gaza, bombardées par Israël ? Est-elle prête à attaquer militairement l’État hébreux ? La réponse est non. Il y a donc là, deux poids deux mesures. Et une fois de plus dans cette affaire, la France s’aligne sur la politique américaine » a conclu l’universitaire.
 
Selon plusieurs sources, l’arme chimique aurait été utilisée par le régime de Bachar-El Assad, le 7 avril dernier lors de la reconquête de Douma, une ville située à 10 km à l’Est de Damas, la capitale syrienne. L’action de ces trois membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, résonne comme une opération punitive contre le régime syrien. Plusieurs sites ont été touchés et selon Jean Yves le Drian, ministre français des affaires étrangères, « le régime mettra des années avant de reprendre la production de l’arme chimique » a t-il déclaré. Mais une intervention militaire française en Syrie, était elle opportune au moment où le gouvernement français fait face à une contestation sociale ? Contrairement au précédent intervenant, le juriste et écrivain Geoffroy Julien Kouao, estime justifiée, l’intervention de la France en Syrie.
 
« Depuis la deuxième guerre mondiale, les États Unis et leurs alliés sont les gardiens du monde. Raison pour laquelle ils sont des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, aux côtés de la Chine et la Russie. Il leur revient donc de veiller à la paix mondiale. Face au risque d’un éclatement mondial de la guerre en Syrie, la France se devait d’intervenir et je pense qu’elle aurait dû le faire depuis 2012. Contrairement à Jacques Chirac, ou à Hollande qui ont refusé de s’ingérer dans les conflits extérieurs, Macron a pris ses responsabilités. D’après l’Élysée, la Maison Blanche ou Web minister, l’utilisation de l’arme chimique en Syrie a été confirmée et donc ces puissances devaient intervenir au plus vite pour éviter que le régime ne fasse disparaître les preuves. Je vais faire un rapprochement avec la crise ivoirienne de 2011. N’eut été l’intervention de la France, on serait encore dans une situation de crise. Quitte à prendre partie pour l’un ou l’autre camp, les grandes puissances ont le devoir d’intervenir dans le monde pour rétablir l’État de droit » a assure t-il.
 
D’aucuns arguent aussi que Donald Trump, le Président américain tente de brouiller les pistes sur la supposée intrusion russe dans son élection à la maison blanche en novembre 2016. Attaquer le régime syrien soutenu par la Russie, tend donc à démentir toute collusion avec  Poutine. La France se serait elle invitée dans une affaire qui ne la concerne pas ? Emmanuel Macron, affirme avoir agi en toute conscience. Mais pour le docteur Adou François, géo-politologue, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan Cocody, les alliés ont subitement réagi à la crise syrienne, après plusieurs années de mutisme, pour préserver leurs intérêts dans la région.
 
« Il aurait fallu que les États-Unis, le Royaume-Unis et la France, attendent les résultats des enquêtes de la Commission d’enquête sur la Syrie. Ainsi ils auraient tout le droit pour intervenir, preuves à l’appui. Mais ici, ce sont les mêmes qui prétendent avoir des éléments sur l’utilisation de l’arme chimique dans le pays, et ce sont les mêmes qui attaquent. Je pense plutôt que ce bombardement répond à d’autres objectifs car il faut savoir que la Syrie est dans une région stratégique, située au croisement de trois mers. Ce qui fait d’elle une puissance énergétique. Alors quand on me dit que la lourdeur de l’ONU a obligé les États-Unis a intervenir sans accord préalable de tous les membres du Conseil de sécurité, je me demande à quoi sert l’ONU ? Il faut respecter la légalité du droit. Il y a eu beaucoup de dégâts depuis 2011 sans que personne ne réagisse. Et tout d’un coup, on décide d’attaquer. Je pense que cet engagement du Président français en Syrie est une impasse. Macron a tenté de faire face à la grogne sociale par la politique étrangère, en vain » estime le spécialiste.
 
Les résultats de l’enquête de l’OIAC, diligentée par l’ONU sur l’utilisation de l’arme chimique à Douma en Syrie, sont en cours. Mais d’ici là, le régime syrien estime n’avoir pas été affaibli par ces attaques de l’OTAN, qu’il juge « honteux ».
 
Éric Coulibaly
Source : Rédaction Poleafrique.info
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