Développement technologique- Denis Jacquet (Fondateur DayOne): “En Côte d’Ivoire, nous avons la possibilité de créer 180.000 emplois”

Le mercredi 28 novembre 2018, à Monaco, a été lancé un mouvement d’ampleur mondial qui se donne pour mission de réfléchir sur l’impact de la technologie et du digital sur le monde : DayOne. L’événement qui a été un succès, s’est terminé le vendredi 30 novembre dernier. Retour avec Denis Jacquet, entrepreneur chevronné et fondateur de DayOne, sur la première édition de ce rendez-vous qui a réuni entrepreneurs et acteurs mondiaux, dans le but ultime d’agir sur demain, et d’en faire un monde digital juste. 

 

Comment votre parcours vous a amené à créer « DayOne » ? Et comment cela va fonctionner ? 

« Il y a deux ans, avec les plateformes ubérisées, on s’est posé la question suivante : quel allait être leur impact sur le monde. On a donc monté un observatoire appelé « Observatoire de l’Ubérisation », un think-tank. Cela nous a permis de constater que ce phénomène était très méconnu, qu’il était mal analysé, que la plupart des citoyens, États, grands groupes comprenaient très mal ce qui était en train de se passer. Cela nous a beaucoup inquiété, car à côté de nous, la Chine et la Californie étaient les seuls leaders. Nous sommes donc partis de ce postulat : n’est-ce-pas le bon moment, à l’heure où la technologie va changer la définition de l’Homme, de lancer le débat. Nous nous sommes donc dit deux choses : il y a une vraie inquiétude face à l’avenir, et les technologies, au lieu de rassurer les gens, les inquiètent beaucoup, car ils se disent que ces dernières les remplaceront.
Ainsi c’était le bon moment d’organiser un événement mondial. DayOne, c’est le premier jour d’un nouvel avenir. DayOne, c’est l’ambition d’avoir le premier mouvement mondial basé sur la prise de décision avec les acteurs les plus importants au monde (Michelin, Blackrock, IBM…)  mais aussi les petites startups, les scientifiques, les intellectuels. Un monde se construit avec tous. À Monaco, étaient présents 12 pays et 4 continents. 

Le principe est le suivant : des groupes de travail travailleront sur différents thèmes. L’objectif est de mettre en place des expérimentations. Tous les ans, et à Monaco pour les cinq prochaines années, on viendra les présenter mondialement. Par exemple, Danone est venu expliquer ce qu’il faisait pour supprimer une partie du sucre et des conservateurs. Le groupe va s’assembler à cinq autres entreprises mondiales et leur objectif va être de déterminer combien de temps il faut pour supprimer telle ou telle substance, prouver cela avec des chiffres et des résultats et enfin montrer comment ils ont travaillé ». 

Comment s’est déroulé l’événement et quel bilan en faites-vous ?

« Cela a été un véritable succès. Notre ambition de faire venir uniquement des gens qui voulaient agir s’est réalisée à 100%. Tous sont venus avec cette idée :  « qu’est-ce qu’on fait ? ». Autre bon point : la création d’une fondation qui va lever en 4 ans à peu près 1 milliard $. Une partie servira à observer la mutation et la disparition des jobs dans le monde, et à voir comment reconvertir les gens dont les jobs muteront ou disparaîtront. L’autre partie sera utilisée pour former en Afrique ceux qui ne pourront pas prendre les jobs que créent le digital s’ils ne sont pas formés. On va former pleins de personnes en Afrique francophone et anglophone pour qu’ils puissent être capables de s’emparer des jobs que le digital créera : livreur, codeur, créateur de plate-forme, logisticien… ». 

Quel constat faites-vous du digital à l’échelle mondiale ? 

« La grande tendance mondiale est la suivante : les pays occidentaux sont endettés, vieillissent, ont une faible productivité et une croissance relativement faible. Et pour le peu de croissance qu’il y a, elle profite à un nombre très limité de personnes. Le digital est aujourd’hui en train de créer de la croissance. Mais il y a une peur : que la technologie remplace l’Homme. Pour l’instant, la grosse obsession est le remplacement de l’être humain dans ses fonctions par la machine ». 

Qu’est-ce qu’un monde digital inclusif ? 

« En théorie, avec les technologies on a accès à plus de savoirs, à plus d’informations. En théorie, si on a du savoir et de l’information on devrait pouvoir éduquer les gens de façon plus massive, donc les éclairer plus facilement et leur donner plus de moyens pour se développer. Mais en réalité on s’aperçoit que ce n’est pas ce qui se passe. Cela veut donc dire qu’il y a une promesse, mais que cette promesse mal accompagnée ne se concrétise pas. C’est donc ça être inclusif : est-ce que notre monde va faire pire que l’ancien ? faire pareil ? faire mieux ? Pour le moment, la tendance, et c’est inquiétant, est que le monde n’est pas en marche pour faire mieux »

Le modèle doit-il aussi être durable ? 

« C’est justement ce à quoi on s’attaque! On veut à la fois réunir et catalyser toutes les bonnes initiatives qui existent dans le monde. Faisons les choses à 100, à 10 000. Et là ça devient durable. Si le modèle est le même, l’Homme, les territoires et la planète sont au centre. Nos trois piliers fondamentaux sont : ‘future of jobs’, ‘cities and territories’ et ‘health and food’ ». 

Quelle est la place de l’Afrique dans ce processus ? 

« Notre calcul est le suivant : 500 millions d’Européens plus 1 milliard 200 millions d’Africains font presque 2 milliards d’individus. À deux milliards d’individus, si ont fait bien les choses, on peut ensemble constituer une structure qui va allier formation, savoir-faire, grands groupes européens, à un marché extraordinaire qu’est celui de l’Afrique. Pour une fois, on peut monter un modèle dans lequel les deux gagnent, ce qui ne s’est jamais passé pour l’Afrique. Petit exemple, si on fait le pari de la poste en Côte d’Ivoire et que ça marche, cela peut créer 180 000 jobs. Cela en créera en Europe car ce sera une technologie française, mais créera des dizaines de milliers d’emplois en Côte d’Ivoire. Si les autres font pareil à côté, ce seront des millions de jobs à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest. L’Afrique comme l’Europe sont désorganisés. Les deux n’ont pas d’entente, de politique commune. Il faut donc le faire par l’innovation, les entreprises et la jeunesse, et par l’utilisation de la technologie. En moins de cinq ans, on peut créer des choses qui auront un vrai impact. Si on attend les gouvernements, ça n’arrivera jamais ». 

Les États sont frileux ? 

« Les États embrayeront le mouvement une fois que le secteur privé l’aura lancé. Les gens ont envie de faire des choses, alors que si on attend que le système s’adapte de lui-même, dans vingt ans on sera sensiblement toujours au même endroit. L’analyse est la suivante : le monde politique n’a pas bien pris la mesure, sauf en Chine. En Europe, par exemple, on est occupé par le pouvoir d’achat, la montée des populismes… le digital est devenu une sous-sous-sous-priorité. Ils comprennent peu, et ont déjà trop de problèmes à régler pour pouvoir entrer en action. Enfin, ils ne savent pas le vendre aux peuples comme un outil de rebond. On ne peut pas les attendre ». 

À quand un DayOne Afrique ? 

« Tous les 2 ans il y aura un DayOne régional : Afrique, Asie, Middle East-Israël et enfin USA. Il y aura un DayOne Afrique dans les 3 ou 4 prochaines années ». 
 
Propos recueillis par Victor Merat
Poleafrique.info
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