Dossier / Côte d’Ivoire, Des réseaux sociaux  à l’action de terrain,  regain de mouvements citoyens, un renouveau à l’horizon

« Coalition ça suffit !, code 91, MOB Team »,… éveil des consciences, lutte pour plus de pluralité dans les médias publics, balayage de caniveaux etc. Que ce soit dans le domaine politique ou sociétal, de nouveaux mouvements citoyens animés par des web actifs prennent forme dans la capitale ivoirienne.

« Diantre ! », « c’est gênant ! » « Ça suffit ! ». Les onomatopées, Roger Youan, les balance à profusion. C’est à travers cette marque déposée qu’il gagne davantage de  sympathie  sur les réseaux sociaux.  Ce président de la « Coalition ça suffit ! » ne baisse pas la garde. Il réagit sur des questions socio-politiques et planifie des rencontres de terrain.

Quand le ras-le-bol pousse à l’action

Ce samedi 14 avril 2018,  Roger Youan organise une conférence publique à Abidjan-Cocody. Le conférencier est le juriste politiste et écrivain Geoffroy-julien Kouao. Ce dernier planche sur le thème  » Quelle société ivoirienne laissée en héritage aux générations futures? La responsabilité des activistes ivoiriens. »

Incivisme, corruption entre autres tares, sont  dénoncés par le conférencier. «  Les web activistes  doivent être des lanceurs d’alerte, éviter la diffamation. Seulement ils ne doivent pas se taire. L’inaction n’est plus une option », clame le juriste politiste.

Pourquoi  « Coalition ça suffit ? »  Interrogé par Pôleafrique.info, Roger Youan  explique.  « La dénomination,  c’est juste l’expression d’un ras-le-bol. Quand on en a marre on tape du poing sur la table et on dit « ça suffit ! » Voilà donc ça suffit ! Coalition ça suffit ! Coalition parce que nous voulons rassembler davantage ».

A l’en croire, le mouvement existe  depuis le 6 Octobre 2014. Mais c’est en 2015 qu’il s’annonce véritablement à l’opinion à travers une conférence de presse avec pour thème:« La violence politique ça suffit! ».

« Nous sommes pour une prise de conscience populaire », précise le responsable de la coalition.

A la faveur des législatives 2016, Roger Youan prône le  « Osons ensemble ».  Il se présente dans la circonscription de  Duékoué-Sous-préfecture et Guéhiebly, Communes et Sous-préfecture.  Il arrive  en 3ème position sur 8 candidats. Fait notable, il est le plus jeune des candidats de la circonscription. Roger Youan fait partie des jeunes qui estiment qu’il est temps de participer et même de décider.

Diane Douaye, une perle  dans les poubelles

 Adulée sur  la toile ivoirienne pour  son regard critique sur la vie publique, Diane Douaye  estime que l’heure n’est plus aux discours creux. Il faut descendre dans l’arène. De retour de ses vacances de nouvel an, elle se décide début 2018. La travailleuse en plein temps d’une entreprise internationale à Abidjan, renonce aux grâces matinées du samedi. Elle consacre ce temps à une action de nettoyage de rue. « Abidjan sera un jour comme Kigali », est son slogan leitmotiv.

Diane Douaye, est une raffinée qui se plait à nettoyer les poubelles. On peut la voir dans un caniveau en train de nettoyer ou encore dans des détritus d’ordure sans sourciller. Influencée par son expérience américaine, pour elle, la participation citoyenne est une simple formalité civile.

Son action trouve écho favorable. Elle est rejointe par d’autres citoyens et formalise la MOB Team.

A la Journée mondiale de la terre, on retrouve Diane et ses volontaires à la plage de Grand-Bassam pour un nettoyage de la baie. Le 7 avril, toujours avec des volontaires, Diane nettoie l’arrière cour de l’école Saint Michel d’Adjamé, une commune d’Abidjan.

« L’arrière de l’école est devenue un vrai dépotoir que nous sommes en train de nettoyer. C’est vraiment triste qu’une école primaire soit dans cet état ! Un jour Abidjan sera comme Kigali ! », clame la team.

« Je pense que l’adhésion des gens provient de ce qu’ils perçoivent  le fait que je suis honnête sur mes intentions.   Je ne cherche rien sinon faire ma part pour mon pays. Et il y a beaucoup de gens, jeunes comme adultes, dans ce pays qui constatent la régression des valeurs telles que le civisme, la discipline, la solidarité, l’union etc et qui se demandent: mais où allons nous? Ces gens, tout comme moi, ont faim et soif de poser des actes positifs pour leur pays à leur humble niveau, sans attendre une quelconque volonté politique. Les jeunes sont les premiers à nous rejoindre parce qu’ils ne sont pas aussi désabusés que leurs aînés », constate la leader, interrogée par Pôleafrique.info.

Son objectif dans l’immédiat est d’avoir des MOB team dans chaque quartier d’Abidjan. À moyen terme, dans chaque ville du pays. À long terme, la team compte se rendre à Kigali pour rencontrer des membres de la société civile et des autorités pour s’inspirer de leur modèle. Diane Douaye entend « écrire un mémorandum » que son équipe présentera aux autorités et à la société civile.

 Code91, les insoumis

Si Diana Douaye a choisi la question environnementale, le jeune journaliste Alain Ahimou veut une véritable indépendance des médias publics.

Il ne se contente pas de son livre Code91 éditée en ligne en 2017. Il met sur place un mouvement citoyen éponyme. Le slogan Code91 fait allusion au printemps de la presse papier avec la multiplicité des titres parus en 1991 alors que les médias audiovisuels traînent le pas, selon Alain Ahimou.

Le responsable de Code91 fait un monitoring du Journal télévisé sur la chaîne ivoirienne et produit un rapport sur la page Facebook de son mouvement. Il se plaint d’un temps d’antenne quasi inexistant pour l’opposition politique. C’est ce qu’il dénonce également dans son livre.

Le Code91 dont le fondateur est surnommé « l’insoumis » par ses confrères, se décide également à descendre sur le ring. La première sortie est singulière.

Au cours d’un enregistrement de l’émission de RFI appel sur actualité à l’institut français d’Abidjan, le Code 91 s’invite. L’émission parle de  la justice postcrise. A son tour de parole, alors que l’assistance attend à ce qu’il se prononce sur le sujet, le militant Code 91 exige la libération des médias publics: 

«  Cette émission ne devrait pas se faire sur RFI mais plutôt à la RTI. Tous les Ivoiriens ne sont pas des pro Gbagbo ou des pro Ouattara. Ouvrez les médias publics. Les Ivoiriens veulent s’exprimer », argue-t-il à la surprise générale. Il laisse aussitôt  entrevoir son tricot estampillé Code91, libérez les médias publics, lequel  était camouflé sous sa chemise. L’intervention inattendue est censurée sur RFI le lendemain. Cependant, pour Code 91, c’est « une première victoire ». 

Le mouvement annonce d’autres surprises. « Nous comptons faire des pétitions et d’autres actions d’activistes que nous gardons secrètes pour le moment ». Mais déjà Alain Ahimou  compte saisir des institutions comme la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) pour se plaindre d’un « manque d’équilibre et de pluralisme dans le JT ».

Comment interpréter cette mobilisation citoyenne née des réseaux sociaux ? Dr Christophe Kouamé, président de l’Association d’éducation à la citoyenneté, à l’écocitoyenneté et à la défense des droits humains ( Civis Côte d’Ivoire) estime que ces actions sont positives. « Ces mouvements citoyens nés à partir des réseaux sociaux sont positifs pour l’avenir. La prise de conscience citoyenne nait de l’information que les web actifs reçoivent sur les réseaux sociaux. Ils travaillent dans l’objectif de la transparence »,examine-t-il.

Vivement que la mobilisation citoyenne produise le changement positif attendu.

Nesmon De Laure

Source: rédaction Pôleafrique.info

 

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