Exclusif/ Duékoué salue l’acte d’Alassane Ouattara, parent de victime : « nous vivons la réconciliation depuis longtemps ici »

Le président de la République, Alassane Ouattara, lors de sa traditionnelle adresse à la population ivoirienne à la veille de la fête de l’indépendance a surpris plus d’un. À Duékoué, dans la capitale de la région du Guémon à l’ouest du pays, plusieurs morts avaient été enregistrées pendant la crise postélectorale. Sans oublier, de nombreux exilés et familles disloquées et endeuillées. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont avec à la clé ce discours du premier des ivoiriens le 6 août dernier. Pôle Afrique.info s’est rendu sur place pour recueillir quelques avis.

Il est pratiquement 10 heures quand l’équipe de reportage de PôleAfrique.info se retrouve au domicile du ministre Kahé Éric en compagnie d’une jeune dame qui nous offre son service. Sur les lieux une bâtisse imposante, dans un état peu reluisant. Des impacts de balles sur le mur. La porte de l’entrée principale de la demeure porte encore les traces de visiteurs peu ordinaires depuis les affrontements du 29 mars 2011 à Duékoué.

Considérée comme un bastion imprenable pour l’ex-pouvoir Gbagbo, la ville de Duékoué était aux mains de milices pro-Gbagbo et mercenaires libériens. Le 29 mars 2011, de violents affrontements y feront une centaine de morts. Différents rapports  indiqueront le chiffre de 800 morts et de nombreux exilés.

Nous frappons à la porte. Un homme, la soixantaine révolue, sort de la maison nous rejoindre sur la terrasse. À vue d’oeil, pas question de demander s’il est parent au ministre Kahé Eric. Des traits de ressemblance frappants.  Après les civilités, Kahé Guy, frère aîné de Kahé Eric, pousse un gros soupir et remue la tête un long moment avant de nous répondre.

Je ne voulais même pas vous répondre. Mais par respect pour votre métier, je vais juste dire juste quelque chose. Je ne suis pas politicien, je ne suis qu’un homme de Dieu. Quand on parle souvent on nous taxe de ceci ou de cela » indique Kahé Guy. Séparé de son frère cadet, il y a plus de 7 ans, Guy Kahé salue tout de même le geste du président Ouattara Alassane. C’est une bonne décision, mais qui arrive tard selon moi. Le président aurait dû le faire depuis longtemps. Vous voyez le domaine de mon frère est complètement en brousse. Tout ce qu’il a bâti toute sa vie est parti en un seul jour. Être en vie, c’est bien mais perdre tout ce qu’on a amassé toute la vie en un jour, ce n’est pas facile, se désole-t-il. En restant sceptique. « J’étais à daloa, après avoir vu une semaine avant, mon frère à Abidjan. Quand ils (les ex-FRCI, NDLR) ont pris Abidjan, je ne l’ai plus vu jusque-là. Je veux bien le voir revenir. C’est une joie parfaite mais en même temps j’ai peur qu’il soit mis aux arrêts une fois ici au pays. Je lui ai même demandé d’attendre un peu. Mais comme chaque chose a une fin, on croise les doigts, martèle Guy Kahé.

La sœur aînée des Kahé,  Tan Thérèse Kahé, est quant à elle pressée de voir son jeune frère. On ne mange même pas. J’attends mon petit frère Eric et aussi le président Gbagbo. Une fois qu’ils sont présents devant moi, je mangerai et je retrouverai ma santéfait-elle savoir.

A l’instar des parents biologiques du ministre Kahé Eric, le chef de canton Zagné, Baha Tahi François, salue la décision du chef de l’Etat. Par ailleurs, il invite tous les fils du Guémon en exil de rejoindre la mère patrie pour participer à sa reconstruction. C’est une immense joie en voyant les prisonniers politiques avec à leur tête madame Simone Gbagbo. On a prié et Dieu a entendu nos supplications. Il faut mettre la main dans la main pour le bien du pays. C’est une bonne entame pour une réconciliation vraie. Je demande à tous nos enfants qui sont en exil de rentrer pour participer à la reconstruction du pays. Notre désir le plus fou c’est de voir nos enfants libres. La guerre est finie et ce que le président fait, veut dire simplement qu’il est en harmonie avec son peuple. Kahé m’appelait mais il y a longtemps, je n’ai pas de ses nouvelles. Je pense qu’avec cette décision je verrai mon fils, se réjouit-il.

Oublier les moments douloureux et vaquer à ses occupations est la seule chose qui guide la population qui hier se regardait en chien de faïence.

Ce n’est pas facile pour nous les victimes d’oublier. Mais, si c’est le prix à payer pour le développement de la Côte d’Ivoire, nous sommes prêts à oublier. Et pour cela nous tirons notre chapeau au président de la République. Le geste du président pour moi n’est pas pour la réconciliation. La réconciliation, nous la vivons depuis longtemps après la crise. Nous avons nos enfants qui vont dans la même école, nous fréquentons les mêmes hôpitaux. Chaque parent va au champ et vaque à ses occupations. Nous vivons ensemble, c’est cela la réconciliation. Le geste du président, pour moi va dans le sens de l’apaisement pour la paix. Chacun donne son idée pour le développement. Sur ce plan, je salue l’acte du chef de l’Étatsoutient Konaté Aboubacar, frère cadet du jeune imam Konaté, assassiné par des mercenaires libériens dès les premiers combats à Duékoué le 29 mars 2011 Pour lui, le geste du président Alassane Ouattara, doit être suivi des « excuses des gens d’en face. »

« Cela a été une fête dans le camp de nos amis d’en face. Je demande qu’ils aient le courage de présenter des excuses aux blessés et aux parents des disparus.  Je connais bien les assassins de mon grand-frère et de mon employé. Je ne peux pas refuser de travailler parce qu’ils sont en face de moi. Je pense pour ma part qu’il faut se mettre au-dessus de son orgueil pour dire que c’est Dieu qui fait tout. Je souhaite que ça soit l’acte parfait. Ce qui est passé, est passé. Que la Côte d’Ivoire redevienne comme ce que nous avions connu auparavant » souhaite Aboubacar Konaté.

Touré Flanizara, député de Duékoué commune que PôleAfrique.info a rencontré, se dit satisfaite du geste historique du président de la République.« Quand tu es président de la République et que l’opinion publique estime qu’il faut libérer les prisonniers, il faut le faire. Je salue le geste du président qui consolide encore la paix, la cohésion sociale et la réconciliation. Merci au président de la République », a fait savoir la parlementaire.

Au quartier Carrefour,  quartier martyr, selon certains habitants rencontrés, la joie est à son comble. Nous sommes très heureux de la décision du président Alassane Ouattara. C’est une décision sage qui arrive un peu tard. Nous avons perdu de nombreux parents. Certains sont en exil et d’autres en prison. Nous osons croire que cette décision d’amnistier les détenus politiques et exilés n’est pas pour nous endormir. On reste tout de même optimiste avec ce que nous voyons déjà. La sortie de la première dame Simone Gbagbo, Lida Kouassi, Assoa Adou et aussi Soul To Soul nous donne espoir en un lendemain meilleur pour nos parents en exil et en prison. La vie va reprendre malgré tout ce qui s’est passé, soutient un groupe de jeunes habitants du quartier Carrefour.

Quand nous quittons Duékoué, c’est une population résolument tournée vers l’avant que nous laissons derrière. Avec pour maître mot, le pardon.

Dan Olivier (Correspondant ouest)

Source : rédaction PôleAfrique.info

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