Interview / Marcelle Godi, jeune politique proche de Blé Goudé   : « j’ai fait suspendre la Fesci à Lakota en 2007»

Habituée à l’adversité depuis ses classes de lycéenne, Marcelle Godi est une jeune femme politique ivoirienne de gauche. Nommée fraîchement chargée de mission de  Charles Blé Goudé, elle relate son parcours et se prononce sur le marigot politique ivoirien.

Vous êtes nommée fraîchement chargée de mission de Charles Blé Goudé, fondateur du COJEP détenu à la Haye. Comment êtes-vous entrée en politique ?

J’ai grandi dans le milieu politique. Mon père adoptif est un politicien. En classe de CP2, j’ai été désignée chef de classe par mon maître. Peut-être qu’il avait décelé le leader qui sommeillait en moi. J’ai été présidente de la  promotion 2006-2007 du lycée Moderne Boga Doudou Emille de Lakota.

Quel est le déclic qui vous envoie véritablement en politique ?

Lorsque j’étais en classe de terminale, on a eu la grâce d’avoir pour parrain Charles Blé Goudé, le leader du COJEP. À cette période il était en conflit avec la FESCI dirigée par  Koffi Serge. Ainsi à cause de mon parrain, Serge Koffi entre en guerre avec notre promotion avec tout ce que cela comportait comme risque. Il était nécessaire pour moi de défendre et de protéger ma promotion. Nous nous sommes battus contre la coordination de la Fesci de Lakota renforcée par celle de Divo.

Pourriez-vous raconter cette première adversité ?

C’était une adversité de taille car le SG de la FESCI faisait la guerre à  Blé Goudé à travers moi. Or moi je voulais juste aller à l’école. Les problèmes ont commencé par une grève de la coordination  Fesci de Lakota que j’ai fait annuler. Dans mon discours, j’ai juré de faire suspendre la FESCI à LAKOTA tant que j’y serai.

Et j’ai réussi car  le secrétaire général Koffi Serge s’est vu dans l’obligation d’envoyer une délégation pour dissoudre son mouvement à LAKOTA. C’était une vraie victoire pour moi car le coordinateur de la Fesci m’avait dit qu’il n’avait pas affaire aux fillettes.

Je salue tous mes amis car on était une famille soudée et tous étaient derrière leur présidente.

Mais quel était le risque d’être exposé à la Fesci pour que vous meniez cette bataille ?

Le risque était la mort.  Ma secrétaire à l’information a failli être lynchée par les gars de la FESCI car  ils l’ont prise pour moi. J’ai dû prendre appui sur la chefferie villageoise, le proviseur et le corps enseignant qui soutenaient notre combat.

On était face à un coordinateur qui ne voulait pas d’examens blancs, il estimait qu’il n’était pas prêt. Or ces examens nous préparaient pour les examens de fin d’année.

Et cette expérience vous sert-elle  en politique ?

J’ai réellement commencé à m’engager en  politique en 2016 comme vice-présidente dans le bureau national de la jeunesse de l’UNG d’où j’ai démissionné en juin 2017.

Avant de revenir sur votre démission, on vous a vu faire des tournées politiques en 2017. Que visaient-elles ?

L’objectif était d’abord de saluer les populations qui étaient laissées pour compte. Les gens y vont juste pour les campagnes. Moi je voulais connaître leurs peurs, leurs joies, leurs attentes. On ne peut pas prétendre défendre une cause dont on n’a aucune information. Ma délégation a bien été reçue.  Nous avons eu beaucoup de bénédictions. Je pense que, ce sont les effets de leurs bénédictions qui m’ont valu mon nouveau poste de Chargée de Mission de Charles Blé Goudé.

Pourquoi avoir démissionné de votre ancien parti politique ?

J’aimerais avant tout propos dire merci au président de l’UNG Stéphane Kipré. Il m’a adopté comme une  petite-sœur et traitée avec respect et considération,  de même qu’à mon ex chef Alain Durand Zagol et nos camarades également. Alors la machine de l’UNG était lourde à démarrer à mon sens. La jeunesse n’était pas suffisamment écoutée et il y a beaucoup de combats inutiles et hypocrites autour du président juste pour de l’argent. Je ne veux pas des combats,  juste pour plaire. Je sais chercher pour avoir de l’argent.

Vos tournées, en tant que jeune femme politique, n’ont-ils pas suscité de jalousie d’hommes ou même d’autres femmes ?

Chaque adversaire me forme à être meilleure. C’est le jeu politique  et c’est de cela que j’avais besoin. La politique c’est comme un jeu d’échecs chacun pousse son idée jusqu’à détrôner l’autre.

Je pense que l’adversité  a donné de la voix à cette tournée. Des cadres du parti se disaient que pour que je sois ainsi torpillée, c’est que je dérange vraiment. Ils ont fini par être séduits et j’ai eu leur soutien.

Alors quelles sont vos convictions profondes ?

En politique j’ai pour ligne conductrice l’amour et le don de soi. D’aucuns diront qu’en politique, il n’y pas d’amour. Mais je pense que c’est faux, c’est plutôt l’amour pour le peuple, qui normalement pousse un individu à prôner la légalité, la bonne gouvernance. Un homme qui pouvait vivre en paix avec le peu qu’il a, mais décide de se mettre au service du peuple, c’est de l’amour pour ce peuple, c’est le don de soi. Je crois en l’amour en politique. Et c’est ce qu’il faut pour un monde meilleur.

Quelles sont vos ambitions pour la Côte d’Ivoire ?

Pour la Côte d’Ivoire, je rêve d’un peuple uni où les habitants s’aiment. Je rêve d’une Côte d’Ivoire, où l’ethnie n’est pas collée aux partis politiques, je rêve d’une Côte d’Ivoire où de différents partis politiques, on peut manger ensemble, s’entraider et s’aimer, je rêve d’une Côte d’Ivoire où l’intérêt de la nation vient avant les intérêts personnels. C’est bien cette façon humaine de faire la politique qu’incarnent le président GBAGBO et le ministre Charles BLÉ Goudé qui m’inspire. Et c’est comme ça je souhaite voir la Côte d’Ivoire

Comment appréhendez-vous le conflit de génération qui se dessine dans le marigot politique ivoirien ?

Nos devanciers doivent comprendre que les mentalités ont changé. Les jeunes sont de plus en plus responsables. Ils l’étaient hier. Le conflit de générations pour moi est un conflit noble. Il faut juste le mener avec élégance. Ce conflit ne naît  par la volonté de personne. Ni le vieux ni le jeune ne crée ce conflit. C’est simplement le désir d’avancer, de mieux faire, de vite faire des jeunes qui occasionne cela. Et pour moi c’est noble, car jeune il faut mettre son énergie au profit de son peuple. C’est sûr que ceux qui sont vieux aujourd’hui ont trouvé lents les vieux d’hier quand eux ils étaient jeunes. La preuve parmi les chefs d’État après l’indépendance il y avait beaucoup de jeunes. Et pour la plupart ce sont des jeunes qui dégageaient de force les vieux. La prise du pouvoir du capitaine Sankara, du Colonel Kadhafi, de l’officier Eyadema, de Jerry Rawlings en témoignent. Tout conflit n’est pas mauvais tant qu’il n’est pas armé, il est bon.

Réalisée par Nesmon De Laure

Source: Pôleafrique.info

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