Kenya – un pays, deux présidents, l’avenir en pointillés

La cérémonie de prestation de serment organisée par l’opposant Kenyan Raila Odinga ce mardi 30 janvier ne rassure pas les observateurs politiques. Ils craignent des lendemains brumeux pour ce pays.
 
Où va le Kenya ce pays de l’Afrique de l’Est qui a à la fois deux présidents? Depuis ce mardi, Raila Odinga l’opposant historique dans le pays a prêté serment. Devant des milliers de militants et de partisans qui se sont réunis dans le centre-ville de Nairobi la capitale, il s’est autoproclamé « Président du peuple », tout en qualifiant d’illégitime l’autorité du président élu Uhuru Kenyatta. Quelques mois avant lui déjà, Uhuru Kenyatta le président sortant, déclaré vainqueur de la dernière élection présidentielle, était investi par les autorités constitutionnelles du pays. En tant que « Président de la République ».
 
Pour des analystes politiques, cette situation de deux capitaines à bord d’un même bateau fait craindre pour la stabilité sociopolitique de ce pays. « Ce qui se passe aujourd’hui au Kenya est très dangereux. La déclaration de deux présidents à la fois pose un problème politique, un problème de sécurité intérieure avec son corollaire de désordres et d’effondrement de l’Etat. Il faut craindre pour ce pays car dans une même République, deux chefs d’Etat ne peuvent pas cohabiter », craint Palé Dimaté, spécialiste des relations internationales, joint par Poleafrique.info.
 
Le Kenya sort d’une élection présidentielle controversée. Courant août 2017, l’opposant Raila Odinga avait contesté auprès de la Cour Suprême, et obtenu l’annulation des résultats du premier tour du scrutin organisé dans le même mois qui donnait vainqueur Uhuru Kenyatta le président sortant. Mais à la surprise générale, l’opposant avait refusé de participer au second de cette élection pour des raisons d’irrégularités. Laissant ainsi libre court au président sortant qui en est sorti tout naturellement vainqueur. Une victoire à nouveau contestée par l’opposition. Cette période avait été marquée par une vague de violence dans le pays.    
 
« Nous avons vu ce qui s’est passé pendant la crise électorale au premier tour des élections. Avant même les élections, il y a eu beaucoup de troubles. C’était le même climat après les élections. N’eut-été la vigilance de la Cour suprême, ce pays était au bord de la guerre civile. Maintenant que les choses commencent à rentrer dans l’ordre, voilà que l’opposant qui n’a pas voulu aller au second  tour des élections, vient à la charge pour déstabiliser. Car il faut le dire cet acte est une volonté de déstabilisation du pays. Et c’est ce qui est à craindre parce qu’une guerre civile au Kenya, c’est encore des réfugiés qui iront envahir toutes les routes africaines à la recherche d’un gite. Ce qui n’est pas à l’honneur du continent », analyse pour Poleafrique.info Pr Dago Dogbo Pierre, Directeur de l’école des Sciences politiques à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody.
 
A en croire le politologue ivoirien, l’attitude de l’opposant Kenyan est « une rébellion ». « C’est une rébellion contre l’Etat Kenyan. Il faut comprendre qu’Odinga n’est pas digne d’être un politique. Il n’est pas digne d’un leader africain du 21ème siècle », condamne-t-il. Non sans inviter l’exécutif de ce pays incarné par le président Uhuru Kenyatta à prendre des dispositions «pour mettre fin à ce comportement qui n’honore ni le Kenya, ni l’Afrique… Le Gouvernement Uhuru a intérêt à rappeler monsieur Odinga à ses responsabilités pour sauver la jeunesse Kenyane ».
 
Des chances pour Odinga ?
 
Raila Odinga 72 ans a été déjà trois fois candidat malheureux à la présidence de son pays (1997, 2007 et 2013). Cette situation de crise au Kenya intervient après les violences électorales survenues il y a dix ans avec la réélection controversée du président Mwai Kibaki, face à Raila Odinga. A l’époque, la médiation dans la crise avait abouti à la nomination d’Odinga comme Premier ministre pour ramener le calme dans le pays.   
 
Allons-nous vers un remake de ce scénario ? Selon le spécialiste ivoirien des relations internationales les chances « sont minces ». Toutefois, il émet des réserves. Car à l’en croire, et selon l’expression juridique quand la politique rentre, le droit s’en fuit. « C’est un terrain politique et il peut y avoir des arrangements politiques qui peuvent aboutir à le voir nommer Premier ministre ou à tout autre poste dans l’appareil de l’Etat », analyse Palé Dimaté.
 
Richard Yasseu
Source : rédaction Poleafrique.info
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