Les financiers du terrorisme, en toute liberté en Côte d’Ivoire / Adam’s Régis SOUAGA

Une rencontre internationale s’est tenue à Paris les 25 et 26 avril sur le financement du terrorisme. Le ministre ivoirien de l’Intérieur et de la Sécurité, Sidiki Diakité, y a pris part dans un contexte de menace terroriste sur les pays de la sous-région. De Ouagadougou à  Grand-Bassam en passant par Bamako, l’Afrique de l’Ouest a amèrement goûté aux effluves de  ce banditisme nouveau format. Mais, en face, passées les premières heures des réactions des autorités face à un attentat, que met-on en place, notamment en Côte d’Ivoire, pour y remédier? Avec des services de renseignements souvent très handicapés par un manque de moyens financiers et matériels, un personnel insuffisant, difficile de mener à bien la mission. Mais, la volonté est là, farouche, le cœur gros mais courroucé face à ce manque de moyens.

Les grands patrons des Services sont obligés de mettre la main à la poche pour assurer le carburant des véhicules ou la révision technique du peu de moyen de locomotion. 

C’est donc dans un tel état de faiblesse endogène, comptant une fois de plus sur l’apport de l’Union Européenne ou de la Banque Mondiale pour notre sécurité, que s’est tenue cette rencontre de Paris.

Au moment où cette rencontre avait lieu, une question se posait, au regard de la réalité du pays : des financiers de ce terrorisme ne seraient-ils pas tapis à Abidjan, Bouaké, Korhogo, Man et San Pedro ? Qui pourraient-ils être ?

D’abord les usuriers. Communément appelés « margouillats », ces « srokas » (non nationaux peulhs ou même ivoiriens depuis quelque temps) ont toujours des espèces sonnantes et trébuchantes en leur possession. Ils n’ont aucun compte bancaire. Ils ont pour « clients » assidus des policiers, gendarmes et enseignants du primaire et du secondaire et d’autres fonctionnaires. Comment pourrais-tu dénoncer ton « sauveur » même en cas de découverte d’acte délictueux ? 

Dans toutes les villes du pays, ils sont là, amis de quelques gestionnaires qui les aident à vite récupérer leur argent face à des proies faciles. Mais, nul ne s’est jamais préoccupé de savoir d’où ces individus tirent tout cet argent liquide avec lequel ils « travaillent ». Avec eux, financer le terrorisme sans trace serait un jeu d’enfant.

Ensuite, les vendeurs de bétails venus des pays voisins du nord ivoirien. Dans leur pays, au Nord Mali, des touaregs, pour le cas malien, en lutte contre le pouvoir de Bamako. Affaiblis par l’opération Barkhane, ne seraient-ils pas tentés de retrouver du souffle en Côte d’Ivoire ? Il est dit qu’une ville comme Bouaké est la « deuxième » ville malienne après Bamako par le nombre de résidents. L’espace « sakabo » à Bouaké-Dar Es Salam est animé par des maliens. Vers l’abattoir, encore des vendeurs maliens qui ne font aucun dépôt bancaire après les ventes. Aujourd’hui, à Koffissiokaha, dans la sous-préfecture de Timbé, à une dizaine de kilomètres de Katiola (route de Dabakala), le nombre de parcs à bœufs dépassent les habitants. Même si des cadres tagbanan ont des cheptels, la majorité est la propriété de riches maliens qui résident à Bouaké et s’y rendent dans de grosses cylindrées. Qui sont-ils ? L’Etat ivoirien a-t-il une traçabilité de leurs activités économiques et financières ? Pas si sûr. Proches de toutes les autorités administratives et sécuritaires dans nos villes. Le laissez-passer est garanti au détriment de notre sécurité commune.
 
Enfin, le racket dans le secteur du transport routier. Il se susurre que c’est environ au moins 32 milliards FCFA que des jeunes bandits brassent avec violence à la gare routière d’Adjamé, dit « gbèba ». Cet espace, cédé par l’Etat aux transporteurs ne connaît aucun chantier d’assainissement mais chaque usager est contraint avec souplesse à payer 100F par passage. Où va cet argent ? 

Au sortir de la crise, l’alimentation des filières djihadistes au Nord Mali était devenue une nouvelle activité pour des ex-rebelles. Surtout pour les non nationaux. Ces individus qui avaient eu le temps de s’enrichir avec la casse de la BCEAO et les divers trafics ont-ils été pris en mains par les Services ?
 
Parallèlement, est apparu le phénomène Boko Haram au Nigéria. Avec une communauté MUSULMANE (??) qui tend à se renfermer sur elle-même, à avoir ses écoles et ses mosquées. À Adjamé Saint Michel et Liberté, des activistes sont apparus. À Bouaké, des indices concordants se rapportaient sur des vulcanisateurs de cette communauté. Dans la foulée, un rapport onusien faisait état d’armes en provenance des zones nord de la Côte d’Ivoire, retrouvées dans les zones d’action de Shekau et de ses hommes. A Man, San Pedro, des réseaux de trafic humains circulent entre la Côte d’Ivoire et la Guinée. Avec des frontières naturelles longues sans surveillance accrue, il y a à craindre pour la sécurité des ivoiriens. Il n’y a qu’à voir le processus d’action de l’attentat de Grand-Bassam en Mars 2016. 

Pour une solution durable au financement du terrorisme, en Afrique et en Côte d’Ivoire, il faudrait bien plus que la volonté : il faut doter les Services des nécessaires moyens d’action. 

Il faudrait également et une bonne fois pour toutes, trouver une solution définitive à la situation de ces ex-combattants en vadrouille. Alors que les morts s’accumulent dans leur rang, ces jeunes sans repère constituent des proies faciles pour des individus de peu de foi. Il faudrait sans passion et tentative de récupération d’un électorat potentiel, trouver une solution durable à cette frange spécifique de la population. Le terrorisme se nourrit aussi des ressentiments des plus faibles.

En France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, avec un système de bancarisation très développé, des moyens de lutte contre toutes les fraudes possibles mieux affûtés, une immigration mieux contrôlée, et des citoyens plus conscientisés, le peuple constitue le premier allié des services de sécurité. Une voiture sans chauffeur ne saurait faire 30 mn dans un espace isolé ou un lieu stratégique sans signalement. Et la police se déplace pour vérifier, même la rumeur ou ce qui apparaît comme un appel insensé. Chez nous, il faut prier pour que le téléphone fonctionne, qu’il y ait un agent au bout du fil avec l’attention et la bonne volonté qui va avec. Après quoi, solliciter

Dieu afin qu’il y ait du carburant dans un véhicule. Ce n’est pas ainsi que l’on pourra efficacement trouver solution à nos problèmes sécuritaires. Les grandes rencontres à Paris ou même au pays, sont de bonnes choses, mais les paradigmes doivent être adaptés. Ainsi, il aurait été préférable de voir, non pas le ministre Sidiki Diakité à Paris mais un ou des responsables en charge des questions de renseignements, DRG, DST ou CNS. On attend, avec impatience, la restitution.Adam’s Régis SOUAGA
Source : rédaction PôleAfriqueinfo

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