Musée des Civilisations- Vernissage « Collection fantôme », Sylvie Kassi: “Travailler à partir de l’absence des objets pillés”

Sous l’égide du Ministère de la Culture et de la Francophonie, le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire accueillera du 14 au 28 décembre 2018 une présentation des travaux réalisés pendant plus d’un an par les élèves et les professeurs du Service Arts Visuels de Grand Paris Sud, du Centre Technique des Arts Appliqués de Bingerville et du Département des Arts de l’Université Félix Houphouët Boigny dans le cadre de La Collection Fantôme, chapitres « Non à la culture du vide » et « Ceux qui nous regardent ».

Une jeune fille allongée sur une table se soutenant par les bras, les jambes pliées et la bouche criante nous fait face. L’atrocité se devine sur ses lèvres, la peur se lit dans ses yeux. Son cri sourd révèle son impuissance. Des avant-bras lui écartent les jambes, d’autres lui mutilent les organes sexuels. Elle est faite de polyester, et s’appelle « l‘excision ». Plus loin, de paisibles femmes aux pagnes multicolores et parées de bijoux majestueux ferment les yeux. Sur des troncs d’arbre à hauteur de hanche, se tiennent des statuettes, des sculptures, des créatures… Faîtes de papier, cartons, colle, encre ou métal, les oeuvres interactives de « Échos – sculptures sonores » nous délivrent leur secret et essence lorsque, nous en approchant, nous tendons l’oreille. Elles interrogent la relation entre les objets au travers d’un univers de personnages imaginaires issus d’éléments du quotidien. Dans le fond de la pièce, une série de dessins et pastels sur le thème du transport, des pièces et leur emballage réfléchissent sur la conservation des oeuvres et sur leur fragilité. Toutes ces oeuvres seront exposées jusqu’au 28 décembre.

Au rythme des balafons et des tambours africains, les convives prennent place sur quelques chaises dispersées ici et là sur le sable, autour du majestueux baobab trônant au milieu du musée des Civilisations de Côte d’Ivoire. Face à lui, la salle d’exposition illuminée projette sa lumière au dehors et nous appelle à venir découvrir les oeuvres dont elle regorge. Dans la chaude soirée du vendredi 14 décembre dernier, le Musée inaugure une nouvelle étape de l’exposition « Collection fantôme », projet qui fait fi des frontière, porté par la Fondation TAPA et l’Association “l’Artsansfrique”. Ce projet est le fruit de plus d’un an et demi de travail collaboratif franco-ivoirien.  Éloignés par des milliers de kilomètres, les deux pays ont été rapprochés par une idée commune; l’ambition de réparer les mémoires ivoiriennes et de dialoguer avec les cultures mondiales. Comme le dit la directrice du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, Sylvie Memel Kassi. 

« Comme vous le savez sans doute, l’idée principale de la « Collection Fantôme » est de favoriser les imaginaires et la créativité en travaillant à partir de l’absence des objets pillés au Musée des Civilisations, et ce, afin de sensibiliser les consciences dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels. Il s’agit pour nous, non seulement de réparer les mémoires de ceux à qui on a spolié une partie de l’histoire, mais aussi d’entrer dans un dialogue équitable avec les autres pour partager cette richesse commune que représente notre patrimoine culturel mondial. Ce que nous vous proposons de voir ce soir, ce sont les regards et les créations de ces trois établissements qui ont travaillé collectivement, même en étant séparés géographiquement, sur un même sujet. Cette exposition est comme un carnet de voyage. Elle présente un ensemble d’impressions partagées qui marquent les aller-retours entre des lieux réels et imaginaires, entre le passé et le présent, le visible et l’invisible et qui portent les germes de nouveaux possibles », indique-t-elle en ouverture de cérémonie. 

Tous les acteurs présents ce soir rappellent de concert l’importance de cette initiative. Madame Kouadio de la Fondation Orange Côte d’Ivoire estime que « La culture transforme et enrichit les sociétés » quand Monsieur Longuet, maire adjoint d’Évry soutient pour sa part que « La culture est une priorité contre les malheurs culturels. La « Collection fantôme » a cassé les lignes », ou encore Drissa Sangaforo Coulibaly, représentant des élèves ayant mis en forme le projet pour qui, « L’échange et le partage sont très importants, et nous voulons l’approfondir davantage ». 
 
Victor Merat (Stagiaire)
Source: rédaction PôleAfrique.info
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