Nos autorités cafouillées dans leur communication / Adam’s Régis SOUAGA

Ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir par sept fois avant d’écrire des informations, sans vérification préalable ? La règle élémentaire du traitement de l’information est ici enterrée. Depuis la fin de semaine écoulée, les ivoiriens et avec eux, les amis de Guillaume Soro ont vu sur sa page un post relatif à un prétendu empoisonnement de Nicaise Douyou alias Samba David, militant FPI emprisonné mais en liberté provisoire depuis le 25 juillet dernier. Pour ceux des proches de M.SORO qui ont appris à connaître l’homme, dans sa façon de faire, son style d’expression écrite, ont vite compris qu’il y avait quelque chose qui clochait. Un ami de s’interroger : « Le compte du PAN a-t-il été piraté ? »

La réponse viendra plus tard. « Nous avons publié une réaction sur la page officielle du Président de l’Assemblée Nationale SEM Guillaume Kigbafori Soro, dans laquelle la GKSTEAM s’inquiétait de l’état de santé de l’ex-détenu Nicaise Douyou alias Samba David, suite à un empoisonnement intervenu pendant sa période de détention. Ce texte a été publié suite à un article du journaliste d’investigation Antoine Assalé Tiémoko sur sa page Facebook, dénonçant un empoisonnement progressif de l’ex-détenu par un de ses compagnons de cellule qui aurait été mandaté à cet effet.

Nombreux sont les internautes qui se sont fortement émus de cette situation et nous l’ont fait savoir » indique Moussa Touré, le Directeur de la Communication du Président de l’Assemblée Nationale.

« Après vérification, nous ne sommes pas en mesure de confirmer l’exactitude de certains éléments de la publication du journaliste. Nous publions donc, à cet effet, le communiqué de l’administration pénitentiaire » reconnaît l’ancien lauréat Ebony.

Poursuivant, le Directeur de la Communication du PAN soutient que « Nous convenons que c’était une erreur de relayer sur la page officielle du PAN cette publication et la réaction qu’elle a suscitée. Nous avons immédiatement retiré le texte en question. »

Pour finir « Nous présentons nos excuses à l’administration pénitentiaire, au personnel judiciaire, ainsi qu’à tous les abonnés de notre page Facebook. »

Moussa Touré a ainsi eu l’humilité de présenter des excuses, c’est bien mais, du haut de sa stature de journaliste et bien au fait des enjeux du moment qui impliquent de mieux maîtriser la communication de son patron, devrait d’ailleurs être plus exigeant.

GSKTeam n’a-t-il pas une plateforme d’expression ?

Au-delà de cette bourde inadmissible à ce niveau de responsabilité, c’est la communication de nos autorités qui est mise en lumière. La semaine dernière d’ailleurs, au détour d’une mission au Canada, Guillaume Soro, de passage à Paris, accordait une série d’entretiens média à France 24 et RFI. Pour quelle cible ? Les français ou les ivoiriens qui, loin de nos grandes agglomérations ne connaissent pas ces médias internationaux. C’est bien. A quand remonte la dernière sortie médiatique de Guillaume Soro dans un organe de presse national, public ou privé ? N’a-t-il pas été sollicité ?

Avec lui, le Chef de l’Etat, Président de la République, Alassane Ouattara. Sur les grandes questions de la vie de la nation, il faut lire, encore faudrait-il avoir les moyens financiers, Jeune Afrique pour découvrir une interview du président sur des questions liées à la Côte d’Ivoire, à la vie des ivoiriens.

Et dire que ces réponses sont adressées aux Ivoiriens dont la conscience collective se forge à partir de leurs journaux, sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, face à ce qu’il estime être un travail de sape des efforts consentis par ses gouvernements successifs, Alassane Ouattara n’a pas hésité à réaménager la communication gouvernementale. Il y a désormais un ministère de la communication et des média. Tout un programme en perspective. Encore faudrait-il en saisir la mesure et les enjeux pour ne pas demeurer dans les petits pas.

Un séminaire gouvernemental sur la communication institutionnelle autour des activités du gouvernement a été organisé à la Primature le 26 février dernier. Jusqu’à ce jour, aucun communiqué final, aucune résolution, rien. Silence total. Pourtant, du boulot est abattu. Des failles aussi, existent. Mais, les communicants de nos autorités ont plus le souci de soigner leur propre image que celles de leurs patrons. Ils se sont cantonnés en l’animation, maladroite des pages facebook. Et là encore, désastre et consternation.

A ceux qui estiment que le glaive est sorti pour décimer les responsables de la communication du PAN, il faut savoir que le tort fait à l’autorité et, à travers elle, à la République est plus grande. En fin de compte, comment devrait-on juger cette autorité ?

A ceux qui justifient les plaisanteries de mauvais goût, estimant que cet écart impardonnable a conduit à un communiqué de l’administration pénitentiaire, il faut pleurer de cette plaidoirie.

Adam’s Régis SOUAGA

Source : rédaction PôleAfrique.info

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