PDCI, encore un petit effort pour la vraie opposition ! / Par Adam’s Régis SOUAGA

Le parti démocratique de Côte d’Ivoire d’Henri Konan Bédié a décidé, 58 ans après les indépendances, de retrouver les saveurs et délices de l’opposition politique. Félix Houphouët-Boigny avait réussi à faire sortir la Côte d’Ivoire de l’opposition avec le colon français. Et voici que par la force de Maurice Kakou Guikahué et de certains de ses camarades, le PDCI retrouve enfin la vraie opposition.

Ce mercredi, au cours d’une conférence de presse, le Secrétaire Exécutif du vieux parti, qui a engendré en 1994, au terme d’un congrès où la parole fut confisquée par une tendance, le RDR de feu Djény Kobina, dénonce l’usage continu du logo de son parti dans l’ensemble du RHDP.

Bien avant, M.Bédié avait de vive voix indiqué à son « jeune frère » Alassane Ouattara sa ferme volonté de retirer le PDCI du groupement politique qu’il a pourtant contribué à la mise en place en mai 2005 à Paris.

Or, une belle idée de génie avait germé quelque part chez l’un des participants à la cérémonie de Paris.

Treize ans plus tard, des rayons de soleil illuminent mieux la stratégie jusque-là bien peaufinée dans le dos de celui qui passait pour être l’ennemi de tous, Alassane Ouattara. Il a fallu le temps, l’autre nom de Dieu pour mieux apercevoir le fond des idées.

Aujourd’hui, tous ou presque saluent le génie politique de Bédié qui se brave au bon moment afin dit-on d’empêcher Alassane Ouattara de « confisquer » le pouvoir comme on l’entend un peu partout dans les cercles pro-opposition PDCI. Car, désormais, en Côte d’Ivoire, la vraie opposition est dirigée par le PDCI. Le FPI, divisé fait pâle figure.

Comme face à l’oppression coloniale, Henri Konan Bédié est plus que dans la posture de Félix Houphouët-Boigny ! Il reste donc un tout petit pas, mais grand pour les nouveaux démocrates ivoiriens, à franchir afin de mieux se vêtir des costumes d’opposant !

Ce petit pas, c’est celui du vrai opposant, adopté de longue date par un certain…Laurent Gbagbo de 1989 à 2000. Jamais de compromission par une quelconque participation à une coalition de pouvoir.

Aussi, le PDCI devrait-il demander à tous ses hauts cadres de démissionner, grandeur nature, de la gestion du pouvoir d’Alassane Ouattara. Dans toutes les démocraties, il y a un pouvoir qui gouverne et une opposition qui relève les faiblesses, critique la gestion du pouvoir.

On ne peut aisément bénéficier des oranges de l’oranger décrié mais s’obstiner à cueillir les oranges qui engendrent des grimaces. Des hauts cadres du PDCI clouent au pilori la gestion jugée chaotique d’Alassane Ouattara, les pressions exercées sur des cadres. A l’exception notable des fonctionnaires d’Etat, des grands commis, tous ceux qui sont à des postes par la seule et unique décision politique, devraient se comporter en opposants et suivre la ligne tracée par le président de leur parti. C’est cela aussi la responsabilité devant l’histoire.

Pourquoi le PDCI reprend-il le discours de l’opposition sur la réforme de la CEI, la commission électorale indépendante ? Pourquoi maintenant alors que la structure méritait mieux depuis des années ? Youssouf Bakayoko, un des cadres qui bénéficiait du farouche soutien de Bédié a-t-il déçu pour ne plus être vu comme fiable ?

Apparemment la réponse se trouve entre Youssouf Bakayoko et ses désormais pourfendeurs. Mais là n’est pas le problème. Il va falloir en toute responsabilité, dire aux ivoiriens les raisons de l’opposition du PDCI au FPI et à la société civile quand la réforme était demandée de toutes parts.

Le débat qui se limite à des querelles de personnes dont les intérêts sont en jeu, face à 70% d’une population en majorité jeune, sans trop d’option à l’horizon, est nauséabond. Aucun programme proposé, aucune nouvelle réponse aux préoccupations légitimes de la population, juste du quitte là que je m’y mette.

Si les reproches se limitent à la tolérance de l’incivisme dans la gouvernance, les ivoiriens, mêmes les militants pro-Ouattara sont d’accord qu’il y a eu faiblesse. Pis, démission face à une gabegie et un laisser-aller trop flagrant. A ceux qui reprochent à M.Ouattara d’avoir célébré les nordistes, sur l’ensemble des grands commis de l’Etat, de quelles statistiques fiables officielles disposent-ils ? On voit l’iceberg par le bout. Et le fond ? Déjà, le discours ethnique devrait être banni des discours mais, malheureusement, il est revenu au galop. On voit du nordiste partout mais on en n’a pas vu quand plus de 400 perdaient leurs postes de 1995 à 2001. Les alliances à parenté n’ont pas joué pour éviter cet état de fait.

Malheureusement, le RDR a accentué cette « ségrégation » en laissant à domicile quelques-uns de ces cadres chassés au nom de leur supposé soutien à Alassane Ouattara !

C’est pour corriger ces manquements que la posture du PDCI plait actuellement. Il est le nouveau porte-étendard de l’opposition ou tente de se présenter comme tel. Juste qu’il lui reste les vrais habits. On ne peut continuer de bénéficier, de par les nominations des cadres, de juteuses retombées et jouer à l’opposant. Il faut laisser Ouattara assumer ses errements et le peuple décidera de son sort par les urnes en 2020 ! Il n’aura qu’à s’en prendre à lui-même car sa coalition aura été une grosse arnaque ! S’il a toléré pour les alliés, il ne pouvait raisonnablement sanctionner ses proches. Et les petits arrangements ont pris le dessus sur la rigueur attendue. C’est lui qui a été élu par les ivoiriens, nul ne lui demandait des consultations préalables avant toute décision. C’est « son » programme qui a été compartimenté dans les ministères. Au bout du rouleau, c’est lui et lui seul le responsable. Donc, il faut le laisser seul, avec le RDR et ceux qui veulent dans le cadre du RHDP unifié poursuivre le chemin avec lui, assumer ! Il faut arrêter la sorcellerie politique. PDCI, courage, le salut n’est pas loin.

Adam’s Régis SOUAGA

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