Le RDR à la croisée des chemins / Adam’s Régis SOUAGA

La sérénité a foutu le camp. Et c’est peu dire. La Case verte connait une chaleur de fond de cratère qui fait bouger un peu trop au goût de certains militants, des responsables. Le RDR comme le dirait l’ivoirien lambda, « est dans toutes les sauces ». Que peut-il bien faire courir ce parti, sorti des entrailles du plus grand parti politique de Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA, l’ancien parti unique, dans les conditions difficiles ?
 
Ce parti qui a su se battre pour se hisser dans le cœur de millions d’ivoiriens, dont la bataille et la vision politique ont charmé 55% de l’électorat devant le parti au pouvoir en 2010, le FPI de Laurent Gbagbo, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le RDR fait « sabari » devant des partis dont le nombre de militants ne saurait dépasser une section. C’est dire que la désillusion est de taille. Sinon, comment comprendre qu’un parti de pouvoir soit celui-là même qui contre tous, veut imposer une unification, a priori, rejetée par tous les autres ? C’est forcé ?
 
Pour la survie politique de beaucoup, l’unification, demandée par le PDCI-RDA qui la fuit telle une peste est devenue le chemin de leur survie. Cruel destin. Que l’on voudrait effacer le nom de Djéni Kobina de la mémoire collective des militants du RDR, que l’on ne s’y prendrait pas ainsi.
 
Le PDCI-RDA voulait piéger son allié dont la venue au pouvoir lui a redonné du sang bien neuf. Et c’est peu dire. Le parti de Bédié a retrouvé des instincts de parti politique, combatif quoique encore engoncé dans le « côcô » politique. Ce parti fuit la dure vie de l’opposition et préfère jouer au judas.
 
Toute chose qui devrait normalement ragaillardir le RDR, au pouvoir depuis 2010 avec tout ce qui en découle pour ses cadres, qui en retour auraient pu aider leurs militants, leurs régions, leurs compatriotes. Non, comme sortis d’un mauvais rêve, ces cadres propulsés par la bienveillance générosité d’Alassane Ouattara, ont choisi de rattraper des années de disette. On bouffe en famille. Ceux qui hier,  étaient les camarades, sont des « types » qui « fatiguent ». Résultat de la foutaise : la Case peine à se remplir, les rencontres du RDR avec les militants sont devenus des réunions de « grins » de thé. Ce parti ne mobilise plus, ayant réussi la prouesse de retourner contre lui ses propres militants. Que s’est-il passé pour en arriver là ?
 
Aujourd’hui, le RDR est tenu en laisse, affamé et avide d’un parti réunifié. Il est vrai que le piège du PDCI s’est refermé sur lui-même. Bédié et ses lieutenants qui mûrissent l’idée d’une candidature du Sphinx de Daoukro, auraient bien voulu prendre l’opinion à témoin sur le refus du RDR de ne pas revenir dans un cadre uniforme, quel que soit la dénomination. Mais, Alassane Ouattara a validé, prenant de court les techniciens de Bédié qui, optent pour la fuite en avant.
 
Tout ce scénario qui se dessine devant tous les ivoiriens, surpris par la peur d’un parti au pouvoir, aurait été autrement si l’entrée, certes brutale dans la gestion du pouvoir en 2010, n’avait pas aiguisé des appétits. Très vite, des militants nourrissaient le fleuve de la succession de Ouattara. Cette hypocrisie collective que l’on refusait de regarder, préférant les messes basses, a pourri l’atmosphère dans la Case. Tous les regards, les gestes, les mots sont épiés, analysés, devenus sujets de critique.
 
Face à cette faiblesse, Alassane Ouattara a opté pour une tactique sournoise, remettre le bien protégé à un autre enfant hors de sa tribu pour, espérer sauver le patrimoine. Mais, le nouveau gardien osera-t-il un jour reconnaître ne pas en être le dépositaire ? Que feront les autres ? Partir, rester ?
 
Ce 4è congrès extraordinaire qui se tient ce samedi 5 mai a l’air d’une fin précipitée, une recherche d’oxygénation, une substitution. Et c’est ce qui ne rassure pas les autres. Du coup, des cadres du parti d’Henriette Dagri Diabaté et d’Alassane Ouattara s’adonnent à des basses et sales besognes, toute honte bue !
 
Le RDR divise à la tronçonneuse le MFA. Pour  quoi ? La réponse se trouve sûrement dans le financement de 70 millions FCFA, budget d’organisation du « congrès » des dissidents d’Anzoumana Moutayé à Bondoukou. Les organisateurs ont eux-mêmes écrit qu’il ne s’agissait pas d’un « congrès », offrant au juge saisi par le président de ce parti qui leur contestait légitimité à convoquer un congrès, la facile décision de rejet pour objet non existant. Voici la décision de justice. A raison car il n’y avait pas d’objet à contentieux. Moutayé pouvait être aisément débouté de ses prétentions, mais le juge n’a point contesté sa qualité de président de ce parti. Pourquoi sont-ce des cadres du RDR qui harcèlent les dirigeants de la RTI pour la diffusion de cette réunion de Bondoukou ? Alassane Ouattara a-t-il demandé le point financier ?
 
Pour sûr quelque chose de vilain, malsain et pourri se trame dans cette Case. La Case de Djény Kobina devenue un vaste dépotoir, une Case où les militants ne retrouvent plus la sérénité, les illusions de leur lutte, envolées.
 
Par Adam’s Régis SOUAGA
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