RHDP, « c’est complesss ! » / Philippe Di Nacera

Ce week-end, un ami, membre éminent du PDCI, m’a interpellé en ces termes : « Philippe, éclaire ma lanterne. C’est quoi une unité où chacun reste chacun? ». Une manière bien ivoirienne de moquer ce parti unifié en formation, le RHDP, sensé rassembler tous les partis membres de la coalition au pouvoir. C’est la question, moins anodine qu’elle n’y parait, de la diversité dans l’unité. Ou de l’unité dans la diversité.

Si le RDR, ce samedi, a dit oui au parti unifié, de même que le PIT la semaine dernière, l’UPCI a massivement répondu non. Restent l’UDPCI (qui devrait dire oui samedi prochain) et le PDCI, l’autre grand parti de la coalition, qui, lui, traîne les pieds, au point de ne pas encore avoir décidé de date pour son congrès extraordinaire. Dans les discours des responsables de tous les partis membres du RHDP transparaît l’idée plus ou moins clairement exprimée que, parti unifié ou pas, chacun devra garder sa personnalité, ses valeurs, voire son nom, voire même ses structures d’organisation. Le Président Bedié n’a -t- il pas souhaité une longévité de 1000 ans au PDCI? La question est donc pertinente. Comment peut-on faire l’unité quand chacun, refusant de se fondre dans la nouvelle structure, entend conserver toute sa spécificité?

Le RHDP a d’abord été, à sa création, en 2005, une simple alliance électorale qui avait pour but la conquête du pouvoir. Objectif atteint puisqu’en 2010, Alassane Ouattara, Président du RDR, est élu Président de la République. C’est en 2014, dans la bouche d’Henri Konan Bedié, Président du PDCI, lors de son désormais célèbre « appel de Daoukro » qui fait du Chef de l’Etat sortant, Alassane Ouattara, le candidat de toute la majorité pour l’élection présidentielle de 2015, que l’on entend pour la première fois parler d’un parti unifié, rassemblant tous ceux qui se réclament de l’houphouëtisme. C’est donc dans la logique de l’évolution vers une plus grande intégration de cette alliance qui politiquement fonctionne, puisqu’elle gagne, que ses leaders pensent qu’il faut fondre tous les partis membres dans un seul et même parti politique. Une volonté dûment consignée en avril 2018 dans un « accord politique », signée par tous les responsables des partis membres du RHDP dans lequel ils déclarent : « Les succès politiques enregistrés par le RHDP en 2010 et 2015 ont convaincu ses responsables de la nécessité de transformer cette alliance, groupement de partis politiques, en un parti politique unifié, regroupant tous ceux et celles qui partagent les idéaux qui fondent l’houphouëtisme ». Ils « proclament solennellement leur volonté de créer un nouveau parti politique pour ensemble, dans l’union retrouvée, servir et continuer à servir la Côte d’Ivoire (…). Les partis membres qui adhèrent à cet accord politique s’engagent à prendre toutes les dispositions utiles et souveraines pour assurer la réussite de cette grande ambition ». Mais plus l’échéance approche, plus les intérêts particuliers s’aiguisent, plus les réticences se font jour. Ouattara veut presser le pas pour que le nouveau parti soit en ordre de marche en 2020, lors de la prochaine présidentielle. Bedié veut ralentir pour donner une chance certaine à un candidat de son parti de se présenter en 2020. Car ce qui intéresse le PDCI c’est l’alternance (entendre un président élu issu de ses rangs).

L’unité dans la diversité, c’est donc la quadrature du cercle. Si l’on regarde à l’extérieur, on se rend compte que des partis ont déjà existé qui ont su organiser la diversité en leur sein. En France, il y en a eu au moins deux modèles : l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing et le Parti Socialiste de François Mitterrand.

Le premier était un parti à structure fédérale : composé de plusieurs partis du centre et de la droite libérale, il combinait structures centrales de gouvernance et structures propres à chaque parti membre qui avait même son président. Le second avait officialisé en son sein des « courants » issus des partis qui s’étaient agrégés pour créer le PS en 1971. Les courants représentaient une vision de la gauche et soumettaient au vote des militants des « motions d’orientation » lors des congrès. C’est ainsi que le 1er Secrétaire du Parti Socialiste était issu du courant majoritaire.

Les deux modèles ont très bien fonctionné. 28 ans pour l’UDF, 46 ans pour le PS. Ils avaient, en dépit de débats internes parfois rudes, la ferme volonté de mener ensemble les batailles politiques. Leurs convergences idéologiques et conceptuelles étaient, de surcroît, plus fortes que leurs différences. Enfin, ils avaient chacun à leur tête un leader charismatique reconnu par tous qui cimentait à la fois les différents courants de pensées et les objectifs électoraux.

Trouver une formule au RHDP qui permettra aux partis préexistants de conserver leur identité ne sera pas le plus difficile. Cette réflexion devrait être menée rapidement. Ce qu’il faudra observer pour être sûr que cela fonctionne, sera l’envie réelle des partis membres du RHDP de vivre et mener les futurs combats ensemble, leurs convergences politiques et philosophiques au delà des intérêts électoraux, et enfin, le plus difficile, le choix du leader, reconnu par tous, pour porter l’ensemble. Vu sous cet angle, le RHDP parti unifié, n’est pas, encore, une évidence.Philippe Di Nacera
Directeur de la publication

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