Santé publique- 50 milliards FCFA de perte annuelle, 113 spécialistes à former contre les faux médicaments, Dr Edith Kouassi : « Des mesures courageuses doivent être prises »

Cette semaine est consacrée au niveau du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique à, entre autres activités, la formation d’experts multisectoriels de lutte contre les faux médicaments.

50 milliards FCFA de « perte annuelle en Côte d’Ivoire » sans omettre « le coût de la prise en charge créée par ces faux médicaments » sont des indicateurs économiques révélés par Dr Edith Kouassi, Directrice Générale adjoint de la santé publique, représentant le ministre Dr Aka Aouélé à l’ouverture de l’atelier de formation des membres de la plateforme et de la planification des activités 2018-2020 pour la lutte contre les médicaments de qualité inférieure et falsifiés.

Sur la persistance de ce fléau économique, sanitaire et social, Dr Bouanzi Ahoussi, Directeur de la Police sanitaire reconnaît que « C’est un problème qui est de plus en plus récurrent, les conséquences  deviennent de plus en plus dramatiques. Mais, il ne faut pas isoler le problème. La première raison pour laquelle le problème perdure c’est que nous sommes dans un contexte de pauvreté générale. La population par ignorance ou pour d’autres raisons recherchent des médicaments à moindre coût. Les faussaires profitent de cette situation et présentent ces médicaments comme venant des officines. Ce n’est qu’après utilisation que tous se rendent compte qu’en cherchant le moindre coût, on s’est plutôt rendu malade » analyse-t-il.

La DGA de la Santé publique a donc conclu que face à la persistance des circuits parallèles illégaux de distribution de faux médicaments, « des mesures courageuses doivent être prises ». Le cas ivoirien donne 8000 femmes qui se sont transformées en des « agents » de santé publique, diagnostiquant et prescrivant des faux médicaments à une population avide de moins cher.

Ces faux médicaments, dira Dr Edith Kouassi, « sont 20 fois plus rentables que le trafic de drogue, génère 75 milliards de dollars US par an. » « Aucun continent n’est épargné » précisera-t-elle, même si 42% des saisines de l’OMS proviennent de pays subsahariens.

Pour les 8000 femmes enregistrées dans ce commerce de la mort en Côte d’Ivoire, elle soutient que « la Côte d’Ivoire émergente à l’horizon 2020 passe par la bonne santé de la population. » Avec la création de la Nouvelle pharmacie de la santé publique dirigée par Pr Yapi Désiré qui fait un travail de traçabilité du circuit de distribution, de rapprochement des centres de stockage des centres de santé et de professionnalisation de la chaîne du médicament, ainsi que les réformes adoptées, la création du comité national de lutte contre les faux médicaments, 600 tonnes de fax médicaments ont été saisis entre 2014 et 2017.

« Il y a des médicaments qui sont fournis dans les établissements sanitaires, même si le système a changé et que les malades doivent payer de plus en plus contrairement à ce qui existait avant, ces médicaments existent bel et bien dans les établissements sanitaires. La qualité de ces médicaments est contrôlée par le système. L’Etat a toujours un regard sur la qualité de ces médicaments. Les médicaments dont nous parlons, sont des médicaments qui sont vendus pour la plupart hors circuit normal. Ce sont des personnes qui se transforment en pharmaciens ambulants, qui vont auprès de nos populations et qui pour une raison que je vous ai expliquée, parce que j’ai une ordonnance sous la main, on se dit qu’en officine ce serait cher, et quand le monsieur arrive, vous évitez le transport. Il y a des populations qui vont dans les marchés Roxy pour acheter des médicaments. Ce n’est pas à l’hôpital qu’ils vont acheter cela. Donc il ne faut pas voir ce problème comme un désengagement de l’Etat. Mais il faut voir cela de façon générale. Chacun a sa responsabilité dans ce qu’il y a. Il ne s’agit d’accuser un tel ou un autre, il s’agit de trouver comment faire pour que chacun à son niveau puisse comprendre que c’est un véritable danger » recommande Dr Bouanzi Ahoussi, l’un des experts présents pour cette formation.

Dr Edith Kouassi a recommandé qu’au terme de cette formation, il soit proposé « un plan d’actions combiné, consolidé, multisectoriel de lutte contre les médicaments de qualité inférieure » avant d’assurer du soutien de la direction générale de la santé publique. « J’attends de vous, un programme d’actions, efficace et efficient pour réduire les faux médicaments » a-t-elle exhorté les participants.

Cette formation, estimée à 650 millions FCFA lie la Côte d’Ivoire à Expertise France dans le cadre du projet Medtic dont l’un des volets est la formation d’experts pour la lutte contre les médicaments de qualité inférieure. Quatre experts d’Expertise France assurent la formation qui, à terme, en février prochain devrait regrouper 113 bénéficiaires.

« Ce que nous voyons là pourrait s’apparenter à une impunité. Mais, la bataille doit être à un niveau plus haut. Engageons simplement la lutte des femmes qui se promènent dans les quartiers avec les médicaments. On n’en a arrêté combien ? On saisira certainement ces marchés mais ces médicaments ne viennent pas comme cela dans la cuvette. Ils viennent de quelque part. Est-ce qu’en luttant simplement contre ces femmes, est-ce que cela empêche ces populations qui vont dans les marchés pour acheter des médicaments? C’est pour cela que je disais tantôt qu’il ne faut pas mener la lutte de façon sectaire. La plateforme qui a été mise en place, justement c’était ça. Et je pense que petit à petit les choses sont en train de s’améliorer. La lutte a véritablement commencé. Parce que de plus en plus il y a de grands services. Vous verrez au tour de l’atelier qu’en 2017 il y a eu de véritables saisies et nous espérons qu’avec les idées mises ensemble, on pourra trouver des solutions » espère le directeur de la police sanitaire.

Dr Ahoussi soutient qu’ « Avec la nouvelle loi, à la direction de la pharmacie et des médicaments, il y a une direction qui a été mise en place. Dans le passé, la législation ivoirienne ne punissait pas vraiment les personnes qui se rendaient coupables de ces trafics. Mais à ce jour, en ratifiant toutes les conventions, et en transmettant la lutte à une autre structure, l’Etat de Côte d’Ivoire a donné les moyens à toutes les forces de répression de pouvoir lutter véritablement contre ce phénomène.»

Les participants sont de plusieurs ministères, du secteur de la distribution pharmaceutique, de la recherche et des consommateurs. Cet atelier prend fin le 27 juillet prochain.

Adam’s Régis SOUAGA

Source : rédaction PôleAfrique.info

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