Une gifle pour la République  / Philippe Di Nacera

La scène peut sembler tragiquement banale. Un homme giffle violemment une femme sur la voie publique. Elle l’est beaucoup moins quand on apprend que la femme est une policière dans l’exercice de ses fonctions et l’homme un député de la République. Du haut de sa si haute stature, et pressé semble -t-il par une urgence familiale, il refusait d’obtempérer aux injonctions de la policière qui réglait la circulation.  Logiquement interpellé par les policiers, collègues de la jeune femme giflée, l’honorable Touré Yah, député de Duékoué, échappe au passage, il faut le souligner, à un lynchage en règle de la population.

 
Déféré au parquet, il entre, explique le Procureur de la République,  dans le cadre « d’une procédure de flagrant délit pour violence, voie de fait et outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions ». Le flagrant délit est le seul cas, dit le magistrat, dans lequel un député peut être poursuivi sans que l’Assemblée ne doive se prononcer sur la levée de son immunité parlementaire. Mais les députés, en ont décidé autrement… Ils ont fait jouer l’article de la constitution qui les autorise à suspendre les poursuites contre celui qui a enfreint la loi en public. Lui, nie avoir donné cette gifle. C’est parole contre parole. On ne le saura malheureusement jamais, puisque l’affaire est enterrée. Mais gifle ou pas gifle, altercation il y a bien eu, refus d’obtempérer aussi. 
    
Donc, parce qu’il est député, l’honorable en question ne s’estime pas concerné par les injonctions d’un représentant de la force publique dans l’exercice de ses fonctions. 
 
Parce que l’agent de police est une femme, le parlementaire n’hésite pas à la brutaliser.
 
Parce qu’il appartient à une caste qui se serre les coudes, il échappe aux poursuites. 
 
C’est le pire exemple que ce député, et avec lui le bureau de  l’Assemblée Nationale, puisse donner à la jeunesse et à l’ensemble de la population. Ce monsieur n’a d’honorable que le nom. Ses collègues n’auraient pas dû le soutenir, tout comme le PDCI, son parti, qui en fait, c’est ridicule, une affaire politique. Quelle image détestable! Tous n’ont semble -t- il pas compris que leur condition d’élu de la République, ou d’aspirant élu, qui est un privilège, les oblige à l’exemplarité. Elle les oblige au respect des lois, qu’ils sont sensées voter. Au respect de la force publique et plus généralement, au respect d’autrui,  femmes comprises.  Servir au lieu de se servir, notamment de ses privilèges, voilà ce qui devrait guider les élus ou ceux qui veulent l’être. La décision d’absoudre cet indélicat député est plus qu’une honte pour la République, c’est une faute.
 
« Le poisson pourri par la tête », a -t-on l’habitude d’entendre. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond en République de Côte d’Ivoire. Lequel d’entre tous ces députés, prompts à absoudre leur collègue, pourra expliquer à la jeunesse le nécessaire respect de la l’autorité? Lequel d’entre-eux viendra se plaindre quand les ivoiriens ne les respecteront plus eux-mêmes? Ivoirien nouveau prendra du temps à s’imposer. L’émergence aussi, si les mentalités ne changent pas.
 
Philippe Di Nacera
Directeur de la publication
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